« J’ai besoin de vacances »

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La facilité, ce serait de laisser sortir cette phrase ; de la poser sur le bout de mes lèvres, au lieu de la faire tourner en rond dans ma tête. « J’ai besoin de vacances » – juste la laisser ici, soupirer un peu, et attendre une réponse. Une tape sur l’épaule, une tête qui se penche un peu, un petit air accablé de circonstances.

J’ai peut-être besoin de ces vacances, en réalité. Une certaine lassitude alourdit ma motivation et endort mes sens ; j’enchaîne les petites maladies, les blessures stupides, les gestes irréfléchis et les coups de sang. Je lâche une bouilloire sur mon pied, je me coince les doigts dans une porte, je pars sans me retourner comme une pré-ado en colère. J’en ai assez de ma pomme, de mes égarements improductifs, de ma démarche lourde comme un visiteur du salon de l’agriculture.

Et puis, il fait beau dehors ; entre chaque averse de grêle un ciel pure inonde les cimes des arbres nus de reflets dorés. Je pourrais bouquiner au soleil, un chat sur les genoux ; scruter les bourgeons et les touffes d’herbes grasses qui colonisent subrepticement la campagne ; aller errer, les mains au fond des poches, à la lisière des marées hautes.

Soyons honnêtes. Les livres me tombent des mains – seul l’un d’entre eux aura réussi à retenir mon attention, ces dernières semaines. La campagne se passe de mes commentaires et la mer s’est retirée au bout de la pointe, et ne vient honorer de sa présence que les victimes d’insomnies baladeuses.

Je n’ai pas besoin de vacances. J’ai besoin que le sol sèche, et que le printemps explose ; j’ai besoin de trouver un peu d’énergie pour terminer ce que je commence. J’ai besoin, en réalité, que débutent les projets qui hurlent dans ma tête, et dont les voix m’assomment.

J’ai besoin de lâcher les chiens, de voir jaillir la meute, de me retrousser les manches et les babines – et d’entamer une nouvelle saison.

Je n’ai pas besoin de vacances ; mais de projets. De ceux qui se concrétisent.