Irlande #5 : du Connemara aux falaises de Moher

C’est l’heure de la carte postale ! Le Connemara nous appelle pour cette 5ème étape de notre road trip irlandais. La route entre le comté de Mayo et celui de Galway est aussi belle que celles que l’on a croisé jusque là : des lacs, pardon ! des loughs cachés au détour de collines encore enneigées, des prairies variées, des moutons partout, des herbes hautes et un ciel ensoleillé… La journée démarre sur les chapeaux de roues (qui font toujours autant de bruit, mais passons).

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L’objectif est d’arriver rapidement au Connemara National Park, et bien sûr, de profiter dès potron-minet de l’abbaye de Kylemore.

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En réalité nous arrivons tellement tôt que la billetterie n’est pas vraiment ouverte ; le lieu est froid, très apprêté et touristique, et des voitures trainent sur la terrasse devant l’abbaye. La visite de la cathédrale miniature et celle des jardins aurait pu m’intéresser, mais notre phobie des lieux trop aménagés nous fait fuir. Peut-être à tort ; mais nous sommes quand même heureux de l’avoir saluée de loin.

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On reprend la route vers la côte, et c’est tout naturellement que nous prenons la Sky Road, une jolie boucle qui surplombe la mer et dégage la vue jusqu’à l’île d’Inisbofin, en serpentant le long des côtes découpées.

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De très jolies plages ponctuent le parcours… et la couleur de l’eau, celle du sable fin et les formes des roches nous rappellent un peu la maison.

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Nous faisons un arrêt à Clifden, qui mérite le coup d’œil tant cette ville semble vivante et animée localement ; c’est a priori une étape sympathique pour y passer une jolie soirée. Ce sera pour une prochaine fois, la route nous appelle et notre étape du soir est déjà prévue, bien plus loin.

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La route nous porte jusqu’à Roundstone ; ce sera un gros coup de cœur, pour ma part, tant ce paysage condense ce que j’ai aimé en Irlande : le port de pêche, les montagnes enneigées dominant les lacs et les tourbières, l’influence de la mer, les routes sinueuses, le vent vif et piquant mélangé à l’odeur du sel et des algues fraîches. J’aurais aimé y rester davantage.

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Mais, toujours, l’appel de la route… Entre bruyères et lacs, déserts et villages, bruyères et herbes folles, les kilomètres se boivent comme du petit lait.201504-irlande-277 201504-irlande-279

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I’m a survivor, lalala.

Difficile de juger le Connemara sur la base de quelques routes et kilomètres avalés en voiture. Y passer plusieurs jours et y randonner permettrait peut-être de mieux « sentir » cette région, mais le temps nous fait défaut et nous commençons à tourner en rond. Alors pour changer d’air, au hasard de la carte, nous remontons vers le nord le long du lough Corrib vers le joli village de Cong, caché après de très jolis bois. C’est pittoresque et croquignolet, assez secret et plutôt huppé, à ce que l’on peut en voir…

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Excusez-moi, ma passion pour les bow-windows a encore frappé.

Notre étape du soir est à Doolin, juste à côté des falaises de Moher ; pour y arriver, il faut déjà commencer par traverser le Burren. Nous repartons donc vers le sud, quand soudain nous tombons sur un petit panneau discret : « Ross Errily Friary ». Puisque nous avons un peu de temps nous partons en goguette, pour nous retrouver nez à nez avec un monastère en ruine mais remarquablement bien conservé, seul au milieu des champs. Il n’y a personne ; et l’on se perd avec beaucoup de plaisir dans les différentes salles du monastère, entre le cloître, l’église, le réfectoire… et même les cheminées à l’étage, où se trouvaient les dortoirs.

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L’endroit est à la fois imposant et étrangement chaleureux. Le monastère n’est pas réellement abandonné ; des sépultures récentes trouvent place entre les différentes salles. On dérange quelques oiseaux, mais le lieu est accueillant, ouvert. Et côté architecture, remarquablement conservé. Une très belle découverte imprévue !

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« Tu sais que tu es dans une cheminée là ? » – « Oups »

Nous repartons vers Doolin, d’où partent les ferrys pour les îles d’Arran, et les falaises de Moher. Nous avons un peu de temps, donc nous tentons la visite.

Nous sommes encore une fois un peu interloqués par cette habitude de monnayer l’accès aux sites naturels… cela dit, si cela permet la préservation du littoral, pourquoi pas. Mais cette visite des falaises de Moher ne restera pas dans nos mémoires comme une étape incontournable. Autant le site de la Chaussée des Géants était spectaculaire, bien aménagé et très accueillant, autant les vastes marches et les sentiers froids des falaises de Moher nous laissent franchement de marbre.

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En plus de nous envoler (une fois encore) sous un ciel bouché et gris, l’endroit ne nous parle pas. Peut-être parce que le nord de l’Irlande a déjà fait parler ses immenses falaises et que nous avons, encore une fois, bien plus aimé le nord que le sud… Vilains nordistes que nous sommes ? Peut-être aussi parce que le site est vraiment très fréquenté, et sent un peu l’attrape-touristes ? Peut-être parce que Doolin est charmant, mais trop en prise avec les touristiques île d’Arran, étape incontournable que nous ne ferons évidemment pas ? Peut-être parce que cette impression sera confirmée le soir au pub que tous les B&B du coin conseillent, le Gus O’Connor’s, où je reste persuadée que les 3 locaux assis au bar sont payés en bières pour faire couleur locale ?

Je grossis évidemment le trait, mais cela ne sera pas un coup de cœur. Tant pis pour nous !

L’étape suivante va nous réconcilier avec le comté de Galway, de toute manière, et l’on va se perdre (au sens premier du terme) avec beaucoup de plaisir (et, soyons honnête, de frustration) dans le désert de Burren. Mais pour l’instant, il est l’heure du fish & chips. Et de la soupe de fruits de mer, d’abord.

Irlande #4 : du far west irlandais à l’île fantomatique d’Achill

Difficile de quitter le Donegal après l’étape de la veille. Sortir de Sligo est un enfer de mauvaises routes et de bouchons dans des travaux non annoncés ; pourtant le Mayo a quelques beaux paysages à nous offrir. Le but de la journée ? Découvrir l’île d’Achill et prendre notre temps pour descendre à Westport, notre étape pour la nuit.

La route va nous faire prendre du retard, donc. Mais c’est pour nous en mettre plein la vue lorsque l’on atteint enfin le Ballycroy National Park.

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Les parcs d’Irlande ne sont pas que des paysages ; ils sont aussi traversés par ces routes infernales à prendre mais superbes à regarder. Et chaque virage apporte son lot de surprise. Ce matin-là, on a un peu l’impression d’avoir été parachuté ailleurs, sans savoir trop où.

C’est beau, c’est vide, c’est impressionnant d’espace libre. On a envie de rester là, d’attendre de voir passer des buissons en flamme et des troupeaux de chevaux sauvages.

Mais plus on avance vers la péninsule et l’île d’Achill, plus le paysage change vite pour enchaîner d’autres cartes postales.

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Les kilomètres se bouffent les yeux grands ouverts. En s’arrêtant tous les 200 mètres.

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Et voilà enfin Achill. Une île bien étrange…

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Une île rattachée par un pont tourné et un supermarché, balancé en travers de la route comme la zone d’une ancienne cité balnéaire abandonnée. Achill nous accueille avec de jolies plages vides, et un cœur mort. Même les vagues ne semblent pas vouloir battre la mesure. Sur la route s’amoncellent de vieux bâtiments vétustes, et quelques magasins de souvenirs gisants sous les pancartes délavées. Comme si l’île avait fleurit, puis desséché.

Puisque c’est de circonstance, on part errer derrière la colline dans le village fantôme de Slievemore. De vieux cottages en ruine, bâtis dès le 12ème siècles puis utilisés comme bergeries,  s’entassent sur un versant, à distance respectueuse de la mer.

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Il bruine furieusement, mais les pierres nous abritent encore jusqu’à ce que le ciel s’éclaire.

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J’aime être perdue sur ce versant, juchée sur les murets qui strient la colline. Il n’y a presque personne ; le vent s’est calmé, la pluie aussi. Achill déroule ses reliefs paisibles jusqu’à la mer.

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On grignote un curry délicieux dans une des seules gargote ouverte dans un village avoisinant. L’endroit ne paye pas de mine, mais comme presque partout où nous mangeons en Irlande, les produits sont simples, de très très bonne qualité à en faire rougir les trois quarts de nos brasseries françaises, et bien relevés.

Le calme est de courte durée. Lorsque l’on reprend la route, le vent balafre les côtes de traits de pluie horizontaux. Les ports de pêche s’ennuient tout au bout de villages qui n’ont pas le courage d’aller jusqu’à la mer.

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Brutalité du temps ; l’Atlantic Drive que l’on emprunte pour quitter l’île par le sud a des faux airs de Slieve League. Le vent a décidé de nous prouver qu’il allait falloir ingurgiter plus d’Irish Fry. Nous en prenons bonne note, et nous accrochons sagement aux portières pour prendre quelques photos.

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Pas fous, les moutons se cachent dans les ornières et sous les talus, et nous regardent passer avec l’air vaguement condescendant.

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Tant pis, la côte est trop belle. On s’aventure un peu.

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Il est temps de quitter l’île Achill et son air de bout du monde, de redescendre de ses falaises pour filer vers Westport où nous attend un très chouette B&B à Rosbeg, dans la baie.

Trempés, on se réfugie dans un pub aux allures de chaumière, le Cronin’s Sheebeen. Un joli feu, une équipe sympathique et une nourriture absolument délicieuse, c’est un pub charmant, assez classe et vraiment bon, que l’on vous conseille si vos pas vous y mènent. Vous avez faim ? Les entrées au saumon fumé ou le fromage de chèvre frit sont à tomber. L’agneau est tendre à souhait, l’assiette pleine de légumes variés ; les pâtes aux coquillages valent le coup de fourchette. Le weekend, des groupes de musique s’y produisent, et l’ambiance doit être encore plus agréable.

La prochaine étape ? Le Connemara.