L’hiver & ses couchers de soleil

La nuit tombe vite, en ce moment, et je cours sans cesse après les couchers de soleil. Le jour agonise en quelques instants, les couleurs explosent pendant seulement quelques minutes, et il faut profiter de chaque seconde pour inspirer largement et se nourrir de cette lumière orange, des nuages bleutés et de l’herbe jaune comme avant un orage. Ces couchers de soleil ne se languissent pas, et n’attendent pas le promeneur qui bavarde, ils explosent et se laissent couler derrière la côte. L’été, ils se noient dans la mer, mais cela fait des semaines qu’ils n’atteingnent plus les vagues.

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Il n’y a pas une seconde à perdre, ces jours-là. Je me lève tôt et essaye de terminer toutes les petites choses à faire, dont la liste ne diminue jamais. Et lorsque je peux, je me précipite pour profiter de ce spectacle. Pour monter à cheval : à l’heure où certains prennent leur goûter, nous célébrons l’arrivée de la nuit. L’hiver aussi, je vis en décalage. De toute manière, les horaires fixes m’angoissent.

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A deux, en essayant de ne pas trop se battre, on descend dans la vallée, on affronte les fantômes et les biquettes, les randonneurs égarés et les poubelles sauvages. On se dépêche, si je puis dire, de filer au-dessus de la plage, de grimper sur la hauteur, là où les couleurs explosent le plus, et on court devant la nuit qui s’avance.

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Elle nous rattrape toujours.

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C’est un jeu, aussi. Rentrer ensemble de nuit, se faire confiance, errer avec un tapis fluo et une lampe torche. Voir des yeux luire soudain, et ne pas savoir qui du renard, du lapin ou du monstre des contes se cache dans les fourrés.

 

Une vidéo publiée par @lucifugae le


Ce moment qui n’appartient qu’à nous, quand tous les promeneurs sont rentrés, où l’on fait tinter sur le bitume les fers qui étincellent et illuminent le noir derrière nous.

J’aime voir le soleil se coucher, à cheval. J’aime me balader la nuit. J’aime affronter la pluie, rentrer trempée, gelée, glacée, et sourire parce que j’en ai quand même profité. J’aime crever de chaud et prendre des coups de soleil, chercher l’ombre et l’eau, l’été. J’aime voir la forêt reverdir au printemps. J’aime chacun de ces moments où j’ai l’impression de faire partie d’un tout qui n’exige rien de moi. Rien que de la confiance, de l’attention et du plaisir.

Cet automne & les autres

La nostalgie remonte à chaque fois, comme l’humidité qui rampe au sol ces matins-là. Entre octobre et novembre, j’ai toujours cette envie qui remonte, quitter mon poste, abandonner le navire, pour aller humer les feuilles qui agonisent dans les bois, respirer la pourriture et la mort. Entre ces deux dates, j’oscille entre résignation et colère. C’est l’époque des renoncements, celle où je mets sagement mes mains dans les poches.

Mais ces derniers automnes, bien que douloureux, sont aussi plein de surprises ; et le ciel bouscule la nostalgie à grands renforts de levers magnifiques et de couchers pompeux. Sous le bois vermoulu la faune s’agite, et avant que l’hiver arrive, chacun en profite.

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Au milieu de ces paysages où chaque être se précipite pour survivre encore, j’erre à petits pas, au rythme de ma boiterie chronique. Et la douleur de poser le pied par terre ne m’empêche pas, chaque matin d’aller, avant que le soleil ne se lève, profiter de la brume des sous-bois, des nuages pastels et des chevaux qui se réveillent ; et chaque soir, d’espérer un ciel infini au-dessus des arbres.

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Mon carnet de bord se remplit de milles nuances que je bois comme du jus de fruit.

Alors avant que tout ça ne file, je me nourris de châtaignes, de couleurs, des dernières feuilles de noisetiers qui s’ourlent en desséchant, des champignons qui reviennent et que je n’avais pas vu depuis des années, et des bestioles que le froid incite à faire les folles.

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Je profite de chaque moment de liberté pour respirer, respirer, respirer. Ré-apprendre. Avec eux.

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Cet automne, la nostalgie est toujours là, lovée en moi, et me donne des envies de solitude comme à chaque fois ; mais pas seulement. Cette nostalgie-là est presque souriante, et assurément paisible.

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