La collectionneuse de miniatures

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J’avance à pas comptés, mesurés, déséquilibrés. Je collectionne les petites choses sur le bord des chemins que je traverse, sans vraiment y penser. Parce que l’instant le veut, puisque le temps est nécessaire, pour que la rareté subsiste un peu plus longtemps au fond de mes poches. J’épingle des petits morceaux de chaos, de végétaux, de nature miniature, et je collectionne les infinis minuscules.

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Je me penche sur ces miniatures en laissant craquer mes genoux et plier ma colonne jusqu’à effleurer le sol, jusqu’à rétrécir et me cacher aux yeux du monde. Je deviens Alice – mais chaque bouteille que je trouve me rend plus petite encore.

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J’espionne les petites choses et j’évite les grandes ; je disparais peu à peu, feuille après feuille, dans ce long hiver qui me protège comme un cocon de glace. Dans mon esprit solitaire les mots s’effritent comme de la dentelle, et ne laissent place qu’à un silence feutré, où nulle voix ne s’élève.

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Je n’ai nul besoin de parler, car nul humain ne m’entoure.

L’hiver & ses couchers de soleil

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La nuit tombe vite, en ce moment, et je cours sans cesse après les couchers de soleil. Le jour agonise en quelques instants, les couleurs explosent pendant seulement quelques minutes, et il faut profiter de chaque seconde pour inspirer largement et se nourrir de cette lumière orange, des nuages bleutés et de l’herbe jaune comme avant un orage. Ces couchers de soleil ne se languissent pas, et n’attendent pas le promeneur qui bavarde, ils explosent et se laissent couler derrière la côte. L’été, ils se noient dans la mer, mais cela fait des semaines qu’ils n’atteingnent plus les vagues.

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Il n’y a pas une seconde à perdre, ces jours-là. Je me lève tôt et essaye de terminer toutes les petites choses à faire, dont la liste ne diminue jamais. Et lorsque je peux, je me précipite pour profiter de ce spectacle. Pour monter à cheval : à l’heure où certains prennent leur goûter, nous célébrons l’arrivée de la nuit. L’hiver aussi, je vis en décalage. De toute manière, les horaires fixes m’angoissent.

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A deux, en essayant de ne pas trop se battre, on descend dans la vallée, on affronte les fantômes et les biquettes, les randonneurs égarés et les poubelles sauvages. On se dépêche, si je puis dire, de filer au-dessus de la plage, de grimper sur la hauteur, là où les couleurs explosent le plus, et on court devant la nuit qui s’avance.

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Elle nous rattrape toujours.

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C’est un jeu, aussi. Rentrer ensemble de nuit, se faire confiance, errer avec un tapis fluo et une lampe torche. Voir des yeux luire soudain, et ne pas savoir qui du renard, du lapin ou du monstre des contes se cache dans les fourrés.

 

Une vidéo publiée par @lucifugae le


Ce moment qui n’appartient qu’à nous, quand tous les promeneurs sont rentrés, où l’on fait tinter sur le bitume les fers qui étincellent et illuminent le noir derrière nous.

J’aime voir le soleil se coucher, à cheval. J’aime me balader la nuit. J’aime affronter la pluie, rentrer trempée, gelée, glacée, et sourire parce que j’en ai quand même profité. J’aime crever de chaud et prendre des coups de soleil, chercher l’ombre et l’eau, l’été. J’aime voir la forêt reverdir au printemps. J’aime chacun de ces moments où j’ai l’impression de faire partie d’un tout qui n’exige rien de moi. Rien que de la confiance, de l’attention et du plaisir.