La collectionneuse de miniatures

J’avance à pas comptés, mesurés, déséquilibrés. Je collectionne les petites choses sur le bord des chemins que je traverse, sans vraiment y penser. Parce que l’instant le veut, puisque le temps est nécessaire, pour que la rareté subsiste un peu plus longtemps au fond de mes poches. J’épingle des petits morceaux de chaos, de végétaux, de nature miniature, et je collectionne les infinis minuscules.

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Je me penche sur ces miniatures en laissant craquer mes genoux et plier ma colonne jusqu’à effleurer le sol, jusqu’à rétrécir et me cacher aux yeux du monde. Je deviens Alice – mais chaque bouteille que je trouve me rend plus petite encore.

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J’espionne les petites choses et j’évite les grandes ; je disparais peu à peu, feuille après feuille, dans ce long hiver qui me protège comme un cocon de glace. Dans mon esprit solitaire les mots s’effritent comme de la dentelle, et ne laissent place qu’à un silence feutré, où nulle voix ne s’élève.

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Je n’ai nul besoin de parler, car nul humain ne m’entoure.

Cet automne & les autres

La nostalgie remonte à chaque fois, comme l’humidité qui rampe au sol ces matins-là. Entre octobre et novembre, j’ai toujours cette envie qui remonte, quitter mon poste, abandonner le navire, pour aller humer les feuilles qui agonisent dans les bois, respirer la pourriture et la mort. Entre ces deux dates, j’oscille entre résignation et colère. C’est l’époque des renoncements, celle où je mets sagement mes mains dans les poches.

Mais ces derniers automnes, bien que douloureux, sont aussi plein de surprises ; et le ciel bouscule la nostalgie à grands renforts de levers magnifiques et de couchers pompeux. Sous le bois vermoulu la faune s’agite, et avant que l’hiver arrive, chacun en profite.

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Au milieu de ces paysages où chaque être se précipite pour survivre encore, j’erre à petits pas, au rythme de ma boiterie chronique. Et la douleur de poser le pied par terre ne m’empêche pas, chaque matin d’aller, avant que le soleil ne se lève, profiter de la brume des sous-bois, des nuages pastels et des chevaux qui se réveillent ; et chaque soir, d’espérer un ciel infini au-dessus des arbres.

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Mon carnet de bord se remplit de milles nuances que je bois comme du jus de fruit.

Alors avant que tout ça ne file, je me nourris de châtaignes, de couleurs, des dernières feuilles de noisetiers qui s’ourlent en desséchant, des champignons qui reviennent et que je n’avais pas vu depuis des années, et des bestioles que le froid incite à faire les folles.

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Je profite de chaque moment de liberté pour respirer, respirer, respirer. Ré-apprendre. Avec eux.

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Cet automne, la nostalgie est toujours là, lovée en moi, et me donne des envies de solitude comme à chaque fois ; mais pas seulement. Cette nostalgie-là est presque souriante, et assurément paisible.

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