Côte de Granit Morose #1

« C’est beau, la Bretagne ! » Oui. C’est superbe. La mer, la terre, la côte, les plages, la campagne, le patrimoine, la gastronomie, l’élevage, les paysages. La Bretagne est belle. Elle héberge aussi une population de casse-bonbons notoire, que j’apprécie autant qu’elle m’agace, et dont je fais totalement partie. Mais entre nous, c’est la Bretagne, elle est aussi moche que belle.

Elle est moche par ce qu’on en a fait. Elle pue, souvent, le lisier dans les terres, et les algues vertes sur la côte. Et puis elle est moche. La Bretagne aime la tôle, les ZA autour de chaque bourgade qui abrite ces morceaux entiers de campagnes bétonnés, où l’on érige de la tôle à la tonne par m².

Au nord de la Bretagne, il y a une côte jalonnée de granite qui prend souvent une belle couleur rose, qu’on l’admire sous le ciel gris ou bleu. La bruyère s’y mélange avec le rocher, les reflets de la Manche à marée haute, pins et chênes se disputent la plus belle vue mer. Et entre chaque carte postale faite au 50 mm, il y a de la tôle sur des km, à admirer au grand angle. D’une zone à une autre. Voilà à quoi vous devez vous attendre, en venant sur notre Côte de Granit Morose.

Côte de Granite Morose #1 : Trestrignel

La plage de Trestrignel est l’une de mes préférées : c’est une jolie enclave dans la côte, encadrée par la pointe du Shynx et celle du Château, une plage de sable fin surmontée par une curiosité locale et architecturale, une bâtisse aux inspirations étranges où vécut le peintre Maurice Denis.

L’été l’ambiance est familiale, l’hiver, on aime venir y voir les tempêtes. C’est l’un de mes points de vue préférés sur les Sept-Îles – et à tribord, sur l’île de Tomé.

La carte postale hivernale, je l’aime toujours autant.

Carte postale : la plage de Trestrignel, côte de granit rose

Et puis, pour que chacun puisse admirer la vue, en plein milieu des habitations vue mer et donc le quartier s’enorgueillit sans vergogne ni ironie, on a implanté un parking.

Côte de granit morose Trestrignel Perros Guirec
Côte de granit morose Trestrignel Perros Guirec

Sans ironie aucune.

Côte de granit morose Trestrignel Perros Guirec

Bienvenue chez nous.

Alors, on marche

Je me suis ruiné le dos. Un truc bête. Une vertèbre en rotation, et décalée en prime. Cervicales, trapèzes, épaules – en vrac. Diaphragme coincé, mais ça, j’ai l’habitude. Flanc creux à droite. Et puis là-dessus, une sinusite aigüe. Repos, donc. Je tourne en rond. Alors on prend nos vieux godillots, et on marche. Pas trop loin, juste à quelques km. Repérer un sentier, pour une future balade à cheval – évidemment.

On trouve. 500 m. De chemin barré. Itinéraire bis pour les canassons, entre bas-côtés et terrain pierreux, mais ça passe. Pour les piétons, c’est bien aménagé. Sur 500 m. 500 m de semi liberté, avant de retrouver des maisons en petits paquets serrés, bien ordonnées le long de routes bitumées, toutes tournées vers la mer qu’elles devinent entre les toits de leurs voisines.

La vieille pierre ne se fait pas prier, certes. Et elle est habitée de créations, qui racontent la mort. Pourquoi pas. C’est apaisant. Et bien choisi, d’après l’âge des visiteurs, qui nous regardent comme une poule qui a trouvé un couteau.

Pas de quoi user nos godillots, ni faire frémir nos méninges.

La carte postale est jolie, cela dit.