Au mouroir de la république

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Octobre 2014. Dans un pays semi-civilisé où l’on su, un jour, faire une révolution pour obtenir des droits pour l’Homme, où l’on célèbre de grands penseurs et gens de lettres, en France donc – ne vous en déplaise – une petite fronde se prépare. Dans une Assemblée, un monsieur bien sous tous rapports que je ne nommerai pas pour ne pas lui faire de publicité, s’arroge le droit au nom de l’Académie française de persister à nommer une de ses pairs Mme Le Président. En appuyant avec bonheur sur cette formulation fleurant bon le paternalisme condescendant, il sait d’avance qu’il va pouvoir en toute impunité surfer sur le contexte nauséabond actuel et la fameuse polémique de la féminisation des noms. Et cela ne tarde pas : le pauvre enfant maltraité par sa condition même d’homme blanc face à des hordes de harpies vindicatives souhaitant la mort de la langue française est bientôt soutenu par tous ses petits amis du même bord – hommes biens sous tous rapports.

Des hommes biens. Surtout des hommes, à vrai dire – quelques femmes quand même pour faire bonne mesure, on en trouve toujours pour se sentir valorisées en légitimant les combats les plus stupides -, conservant un amour proche de l’adoration pour une langue française qu’ils assassinent au quotidien dans l’ensemble de leurs déclarations publiques, élevés dans le plus bel ensemble contre la tyrannie et l’oppression représentée par une femme, qui a fait l’erreur de rappeler un principe plusieurs fois inscrit dans les principes de la république.

On peut s’écharper longtemps sur l’histoire, l’Académie française ou les lois promulguées dans ce sens.

Mais il y a une chose que je ne peux pas vous accorder. La langue française est vivante. La production de littérature (plus ou moins réussie) le prouve. Notre langue française fait encore rêver, fait encore lire – transmet encore les pensées les plus nobles pour les plus écœurantes (rappelons que les libraires ont lynché, et je ne peux pas leur donner tort, le livre de Trierweiler, mais vendent ceux de Zemmour).

La parole est le vecteur essentiel de la pensée, son prolongement le plus intime ; l’écrit permet de faire perdurer ceci, d’en définir les contours, de partager l’essence de la parole. A ce titre, la langue doit pouvoir évoluer, changer, se modifier. Rien n’est gravé dans le marbre – et c’est pour cela que tous les ans, on prend le temps d’ajouter des mots dans le dictionnaire.

Une langue qui n’évolue pas, meurt. Une langue qui refuse d’évoluer est l’écho d’un appauvrissement certain de la pensée.

Et le sens de l’histoire, ce n’est pas de tout faire pour faire taire une femme, vice présidente de l’Assemblée Nationale – excusez du peu -, députée de Paris, une des rares politiques qui a travaillé dans le secteur privé au lieu de commencer une carrière politique de jeune loup dès l’enfance, en décrétant que quelqu’un d’autre sait mieux qu’elle quel est son titre. Et quelle est sa place.

Mais les vieux croûtons de la république s’entêtent et s’indignent.

Quel est l’avenir de notre démocratie face à des gens qui nous représentent si peu, et si mal ? Et semblent si contents d’eux et si soutenus par les médias qui n’écoutent qu’eux ?

Quel est l’avenir d’institutions dont on bafoue les règles au sein même des lieux où on les écrit et les discute ?

Comment croire que des gens fassent si peu cas de la moitié de l’humanité ?

Il n’est plus le temps de s’indigner, cela dit ; mais de prendre sa place. Et pour cela, d’utiliser les meilleures armes dont nous disposons : les mots. La langue. La littérature. La parole qui nous représente, et qui donne vie aux idées, fussent-elles un peu trop novatrices pour certains.

A vous, Mme la Présidente, et à toutes les autres, mes amitiés.

Choisir comme un adulte

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Chère amie,

J’ai un peu de peine aujourd’hui. Depuis quelques jours je ne cesse de penser à vous.

J’ai toujours pensé à vous depuis notre rencontre, bien sûr. Dès la première seconde, vous avez toujours eu la faveur de mon cœur. Et je me sens touchée aujourd’hui par votre histoire qui se répète à l’infini.

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Le choix. Le choix qui n’en est jamais un. La question qui n’attend pas de réponse. L’affirmative à qui l’on rajoute un point d’interrogation, pour le décorum. Les cases à cocher que l’on vide de leur substance.

Vous avez pour vous la beauté et l’intelligence. La grandeur de l’âme et la puissance des courants contraires. La rudesse de votre ton et la saveur de votre langue, comme une caresse. Les mots que vous soufflez résonnent encore dans tout mon être. Vous avez pour vous la sauvagerie et la barbarie, le raffinement de votre éducation et le goût salé de toutes les mers que vous embrassez.

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Vous voir ici ployer devant la cour des adultes, forcée de baisser le regard, infantilisée et si peu imprévisible, m’a brisé le cœur. Je n’ai pas reconnu en cette créature civilisée la fougue de la jeunesse qui ne vous a jamais quitté. Et j’ai vu dans vos yeux vides la pâleur des existence que nous menons.

Les choix que nous faisons, comme des adultes. La voie que nous empruntons parce qu’une autre ne serait pas raisonnable. Tous ces chemins de traverse que nous ne regardons jamais, toutes ces tangentes que l’on ne tracera jamais. Parce que certains nous ont convaincu qu’un autre modèle était impossible, que le monde s’effondrerait si nous franchissions la ligne. Toutes ces récompenses dans nos râteliers, qui nous laissent gentiment à mastiquer des pensées pré-digérées, bêtes à manger du foin.

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Vous étiez la belle sauvage, celle qui danse sous la lune, se baigne en hiver dans les vagues de la mer du nord, s’endort à la belle étoile. J’ai souvent pensé à vous. J’ai sûrement créé de toutes pièces le charme brutal de vos étreintes et la douceur des couleurs qui ravivaient votre teint. J’ai sûrement fantasmé la liberté que nous éprouvions, ainsi lovés dans votre beauté.

Aurons-nous rêvé notre vie, lorsqu’elle nous filera entre les doigts ?

Je n’ai ni ressentiment ni dégoût pour vous.

Juste un peu de peine. Comme un chagrin d’enfant, lorsqu’il est sans cesse trahi.

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Belle Écosse. Nos rêves peuvent-ils mourir de faim et de soif ?