A la recherche de la selle idéale : Baude, sellier made in France

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Ah, la quête du Graal du cavalier… Une selle qui convient à son cheval – et à lui-même… Si sur le papier les choses ont l’air plutôt claires, la recherche d’une selle convenable peut vite tourner au cauchemar – voire tourner tout court, pour les gabarits les plus ronds.

Si vous n’êtes pas convaincus, c’est probablement parce que vous avez eu des chevaux faciles à habiller, avec un bon dos, et pas de poney ronds comme des tonneaux. Pour ma part deux chutes ridicules illustrant parfaitement la débandade d’une selle qui tournent me reviennent en mémoire… Enfant, sur un islandais, sangle qui se détend, je passe sous le poney ; avec la clé un joli blackout et une bombe cassée en deux (d’où l’intérêt d’avoir un bon casque, d’ailleurs). Rebelotte sur un islandais mais en reprenant l’équitation il y a 2 ans cette fois… Une descente un peu raide, la selle passe sur l’encolure, moi avec – et je fais une chute ridicule au ralenti, sur mon épaule. J’ai eu mal pendant une semaine.

Les gabarits poney, donc.

Oui, ça.

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Comment habille-ton un dos court, avec un joli ventre rond et doux, de belles épaules larges de chevaux qui tractent et presque pas de garrot ?

Lorsqu’il était rond comme un ballon, j’avais choisi une synthétique, une Wintec 500 Cair avec arcade interchangeable donc. Elle a accompagné la transformation physique du gros balourd en jeune poney svelte (hum…) durant une bonne année, et ce n’était pas si mal. Cela dit même en changeant l’arcade, ça n’allait plus : trop longue en 17″, des matelassures raides n’aidant pas les jambes (avec un cheval froid déjà de ce côté, pas terrible), et un peu tape-cul à la longue – la balade d’une journée oui, mais plus, je ne suis pas certaine de la survie de mon fessier. Par contre super pour la balade sur la plage – un coup d’éponge et hop.

Depuis quelques temps, Simbad grimaçait au sanglage. Me voilà donc en quête d’une nouvelle selle, plus courte et mieux adaptée à sa morphologie.

Essayez de trouver une selle de randonnée / endurance qui soit correcte, de bonne facture, en petite taille, et on en reparle. A moins de taper dans le très haut de gamme ou le vrai sur-mesure, c’est compliqué. Et j’avais une certaine réticence, je l’avoue, à mettre plus cher dans ma selle que le prix d’achat du poney… J’ai également cherché du côté de l’occasion, mais difficile de trouver quelque chose d’adapté et de vérifier soi-même l’état de l’arçon ou des matelassures. Dans ce cas-là mieux vaut l’œil d’un saddle fitter.

Et puis au hasard de mes recherches, je tombe sur une sellerie dans le sud-est de la France : Baude.

De jolies selles, de beaux cuirs, un travail artisanal et la possibilité d’envoyer les mesures du poney pour savoir quelle selle serait la plus adaptée. Je prends contact en août, on discute, je mesure, on échange sur le type de selle que je cherche pour moi, les tailles de siège, ce qu’il faudrait pour un cheval froid à la jambe et un travail balade / rando… J’ai déjà trouvé celle qui me plait, la Rando S, avec son siège type islandais, mais je ne sais pas encore si ça ira. Et puis j’ai de la chance : la toute nouvelle version de la Rando S vient d’arriver. C’est une 17″, mais plus compacte que celle que j’ai actuellement ; en fonction des mesures des ajustements sont faits pour coller au mieux au cheval. Matelassures réhaussées, patins raccourcis et panneaux descendus, me voilà avec MA selle, arrivée en début de semaine.

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La bonne surprise, c’est qu’elle est plus légère que ma Wintec, et nettement moins encombrante. Plus compacte aussi, même si la différence n’est pas immense elle est quand même nette. Elle sent bon, et je suis déjà fan du siège semi-creux.

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C’est du bel ouvrage, net et sans bavure. Le jeu de couleurs & du grain de peau est parfait, et elle est plutôt facile à équiper.

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Impossible de simplement la regarder, il va falloir que je l’essaye tout de suite. Le soir-même, en fait !

Après une petite pointe d’angoisse – je n’ai pas fait attention mais il faut une sangle courte sur cette selle… Heureusement j’ai une Barefoot qui traîne ! Comme quoi les achats compulsifs… – je selle donc Simbad, qui est très curieux de découvrir ce nouveau machin. Comme d’habitude, il fronce un peu les naseaux quand je fais mine de poser la selle. Je la pose et là, miracle, il se détend complètement… Même au sanglage, il ne bougera pas d’un poil, pas même une oreille en arrière. Pour l’instant, la nouveauté a du bon…

Mes étrivières sont trop longues (la blague récurrentes dans le monde des mini-pattes), mais qu’importe, on file pour notre tour habituel à la plage. Une balade qui ne sera pas de tout repos avec quelques ronchonnades, des fâcheries, un stick perdu sur la plage, une suspicion de fers qui claquent, du pas, des trots, quelques galops, bref, des allers-retours et pas mal d’hésitations mais… la selle, elle, ne bouge pas. Ni en descente ni en montée, elle reste bien calée sur le dos ; et j’ai beau perdre mes étriers au galop (oui bon, il me faut des étrivières taille enfant, c’est tout…), elle est vraiment confortable donc je n’ai qu’à me laisser aller, bien assise dans le siège semi-creux. Et récupérer mes étriers (et ma dignité) après.

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(Admirez le calme absolu de ce poney que je peux lâcher sur la plage, rênes autour de l’encolure, sans qu’il bouge d’un iota)

(Oui il a pris du bide ET ALORS il est beau. Oh.)

Les matelassures sont encore épaisses, mais ce n’est pas gênant.

Et en balade, j’ai presque eu un cheval intéressé par mes jambes.

Bref, du bien bel ouvrage made in France par des artisanats agréables, de très bon conseil, qui réalisent de très jolies choses pour un prix tout à fait correct en terme de sellerie neuve. L’artisanat de qualité a son prix, et je suis ravie de ma nouvelle acquisition. Et je préfère nettement avoir une jolie selle de qualité adaptée à mon cheval, que de dépenser des fortunes en ostéo 4 fois par an.

De toute façon, vous connaissez la blague…

Comment un cavalier devient-il millionnaire ? – En commençant par être milliardaire.

Fair enough.

En attendant, je ne peux que recommander les très bons selliers de chez Baude, qui ont en prime un eshop bien fourni ce qui permet de commander tranquillement des produits depuis leur Drôme natale jusqu’à nos plages bretonnes.

C’est vraiment chouette, internet.

Du temps pour s’apprivoiser – la version « grands bruns »

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Vous l’avez réclamée, la voici. Suite à mon dernier article où je racontais mon expérience avec Simbad, voici l’histoire de deux grands bruns, Thibaut et son bel irish cob Sinji.

Une histoire moins mouvementée, plus en douceur, malgré quelques magnifiques envolées au galop au montoir, que je n’ai malheureusement pas eu le temps de filmer !

La parole à Thibaut :

Préambule : les chevaux et moi

Pour commencer, et pour replacer le contexte, il faut savoir que je n’aimais pas spécialement les chevaux. Je n’en avais jamais vu en vrai (leur taille m’a d’ailleurs beaucoup impressionné la première fois que j’en ai croisé un), et je ne voyais en eux que des herbivores mous, dociles et pas très malins.

Autant vous dire que ça démarrait mal.

Quand nous sommes allés rencontrer Simbad, Lucie et moi, je voyais encore le fait de posséder un cheval (ou un poney) comme quelque chose de lointain, une vague idée abstraite, plus ou moins accessible, et pour être franc, je n’y voyais pas grand intérêt. Après le premier contact avec le petit blond (que je trouvais beaucoup trop grand), Lucie m’a demandé comment je le trouvais. Je lui ai juste répondu : “gros”.

Vous connaissez l’histoire, ça ne l’a pas arrêté, et je n’y voyais aucun inconvénient – je ne pensais juste pas m’y attacher un jour, ni même le monter. Puis les mois ont passé, et il a su m’apprivoiser, à tel point que j’ai commencé à prendre des cours. Je ne voulais pas devenir pro, juste être à l’aise sur un cheval (et, plus tard, faire en sorte que le cheval soit le plus à l’iase possible, mais je n’avais pas encore cette sensibilité-là à l’époque).

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Je crois que je me suis laissé porter (sans jeu de mots), mais je soupçonne Lucie d’avoir prévu depuis un moment l’arrivée du second pour que nous puissions nous promener ensemble. Je n’avais moi-même pas envisagé cette possibilité avant qu’elle ne l’évoque.

C’est elle d’ailleurs, qui a écumé les annonces.

Rencontre avec le poilu

C’est ainsi que j’ai vu pour la première fois Sinji, sur une photo. On le voyait de profil, au trot, sa longue crinière et ses paturons au vent. L’implantation de ses poils sur les jambes donnaient l’impression qu’elles étaient toute courtes, nous l’avons donc tout de suite surnommé “mini-pattes” (ce qui est cocasse, étant donné la carrure du bestiau).

Je l’ai trouvé très beau, mais l’idée de l’inviter à venir rejoindre Simbad était, encore une fois, abstraite. Et puis, et-ce que la taille du terrain suffirait ? Est-ce que je saurais m’en occuper ? Est-ce que j’aurais le niveau pour le monter sans lui faire prendre de mauvaises habitudes (4 mois de cours, c’est peu) ? Est-ce que 14 ans est un bon âge ? Est-ce que… ? Bref, quand il y a trop de questions sans réponse, j’ai tendance à reléguer le sujet au second plan. En revanche, aller le voir n’engageait à rien – et puis, quand même, un cheval noir avec autant de poils ! Alors nous y sommes allés.

Mon impression première n’a pas été démentie : il était très beau. Avec tous ces crins, on voyait à peine ses yeux (j’ai vu le budget brosse grimper d’un coup). Impossible de savoir ce qu’il pensait ; il se laissait mener, brosser, seller, sans bouger un sabot.

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On m’a proposé de le monter pour l’essayer ; en bon débutant qui ne réalise pas toujours, j’ai accepté sans me poser de questions.

A peine monté sur son dos, il s’est détendu comme un élastique qu’on relâche. Je n’avais connu que peu de chevaux (trois ou quatre), mais assez pour savoir que ce grand machin noir avait de la puissance sous le capot : ce n’était tout simplement plus le même cheval. Nerveux, vif, et extrêmement sensible (le premier coup de talons l’a fait partir au galop sans passer par la case trot – chose que je n’avais évidemment pas prévue, merci mon équilibre), mais aussi paradoxalement très sûr et très confortable (la largeur de son dos n’y est pas pour rien). Quelques tours de carrière m’ont un peu rassuré. Je doutais de ma capacité à le calmer à peine quelques minutes après notre rencontre, mais je savais au moins qu’il était relativement facile à cadrer (même si j’allais avoir besoin de plus de subtilité), et qu’il se laissait diriger. Vu de dessus, c’était déjà chouette, mais vu de l’extérieur, il était apparemment parfait – jeu de jambes, souplesse, trajectoires.

Nous ne le comprenions pas encore très bien, mais j’avais aimé le petit tour qu’on a fait tous les deux (c’est à dire six tours de carrière et un aller-retour de quelques dizaines de mètres en ligne droite sur la route). Je pensais juste venir le voir ; l’éleveur nous a demandé si on l’adoptait. On a dit oui, presque du tac au tac. Rétrospectivement, vu le peu que je savais de lui, de ses réactions, de son histoire, et le peu d’expérience que j’avais, c’était un peu fou. Il est arrivé un peu plus d’une semaine plus tard.

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Les premiers pas

Les premières impressions à son arrivée étaient mitigées : à pied, sur le chemin menant à son champ, il commençait à me traîner derrière lui et à souffler d’angoisse. Il ne cherchait pas à me semer, il ne se rendait pas compte, il n’avait juste pas du tout l’air de comprendre ce qu’il faisait là. Curieusement, je n’étais pas inquiet du tout. Soit je n’avais pas envisagé que les choses puissent mal se passer, soit je n’avais pas encore réalisé que ce grand brun anxieux allait m’accompagner un bout de temps.

La rencontre avec Simbad, vous la connaissez : prés séparés le premier jour, ensemble dès le lendemain ; à peine un mot plus haut que l’autre, quelques rabrouements et les deux se sont acceptés.

Les premières semaines, Sinji s’est montré extrêmement docile. Un peu trop d’ailleurs à mon goût, jusqu’à tendre le nez quand il voyait un licol, ce qui nous a amené à nous demander ce qu’il voulait vraiment, et s’il allait nous montrer sa vraie personnalité un jour. Mais pour l’instant, il se cachait derrière ses crins, se laissait brosser, nettoyer, curer les pieds (en donnant très gentiment la bonne patte à chaque fois), une vraie peluche. Mais je soupçonnais de la crainte dans cette gentillesse, et ça ne me plaisait pas tellement.

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Une fois en selle, comme la première fois, c’était un autre cheval. Sursautant au moindre contact sur ses flancs ou son dos, toujours prêt à partir au grand trot ; il m’a fallu apprendre à le retenir, à revoir ma position, et à ne surtout pas bouger mes pieds une fois en selle (remettre un étrier qui a glissé ? Vous n’y pensez pas). Une simple (très légère) pression des mollets suffisait à le faire accélérer. Lucie a su mettre des mots sur ce contraste entre le cheval au pré et la bombe à retardement qu’il devenait sur la route : la peur de mal faire.

Malgré ça, je n’avais pas peur. N’étant jamais tombé de cheval, je ne me voyais pas chuter, ni perdre le contrôle (cette espèce de témérité du débutant ne m’a pas encore quitté, je compte en profiter un moment). J’ai donc continué à monter Sinji occasionnellement. Je n’ai jamais eu ce fantasme de la relation parfaite entre un cheval et son cavalier, je voulais simplement l’habituer à moi, et le rassurer. Je voulais qu’il se sente bien dans sa nouvelle maison, et avec nous.

Apprendre à se connaître

Ça commencé avec des bonbons. Lui faire comprendre que ça peut-être intéressant de venir voir ce que je peux avoir pour lui, au lieu de faire le mort quand je l’approche avec un licol ; ça paraît bête mais, pour lui, ce n’était apparemment pas évident. A peine une semaine après les premières gourmandises, et il venait déjà me dire bonjour (comprendre : “t’as pas des bonbons ?” je ne suis pas dupe) depuis l’autre bout du pré.

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Les choses ont évolué doucement. Le printemps est arrivé, et il a commencé à nous montrer un peu de sa personnalité. Les appels déchirants (il a du coffre) lorsque Simbad quitte le champ pour partir en ballade, et les petits coups de nez pour se rassurer quand je viens le voir, quand il est seul. Sa tendance dominante avec les autres chevaux (“c’est MOI qui mange d’abord”), jamais aggressive mais non moins ferme. Sa façon de rester près de moi, comme pour s’excuser, quand il me marche sur le pied, au lieu de vaquer à ses occupations comme il le fait d’habitude.

Il s’est peu à peu désensibilisé. Ou bien peut-être que c’est moi qui le monte de manière plus subtile. Toujours est-il que j’ai aujourd’hui une confiance absolue en lui, et j’espère qu’il aura la même confiance en moi. Il n’a plus peur, en tout cas : j’arrive enfin à faire le tour de lui sans qu’il se décale pour me faire face.

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Cela fait maintenant 7 mois qu’on se connaît, et je n’ai jamais eu besoin de lever le ton avec lui. Je pense ne jamais avoir à le faire, il est la gentillesse incarnée. Sa docilité craintive s’est transformée peu à peu en bonne volonté – du moins j’aime à le croire, et je déteste l’idée qu’il m’obéisse par peur, et pas parce qu’il y trouve son compte. Une fois passées les premières angoisses, il se révèle être un cheval bien élevé, doux et vif, capable de faire fondre un iceberg avec son regard de côté et ses yeux de bambi, aussi bien à l’aise au trot qu’au galop.

Il y a deux ans, l’esthétique équine me laissait de marbre, et je laissais une distance minimum (15 mètres à peu près) entre les chevaux et moi ; aujourd’hui, je me réveille parfois la nuit en entendant un cri d’animal ou le tonnerre, et la première chose à laquelle je pense est : “est-ce qu’il va bien ?”. Je n’ai pas viré “passionné d’équitation”, loin de là ; j’aime me promener de temps en temps, le pousser au galop sur la plage ou dans les bois (quand il ne trébuche pas, cette grande nouille), ou juste passer quelques minutes avec lui pour le bombarder de photos. Je me suis simplement attaché à lui.

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Au programme pour la suite ? Lui apprendre qu’il n’a définitivement pas besoin de constamment surveiller ce que je fais, sans pour autant perdre toute concentration en ballade. La confiance se construit lentement, à moi de lui montrer que tout se passera bien.