Du temps pour s’apprivoiser

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Cela fait bientôt 18 mois que Simbad est à la maison. Quand j’y pense j’ai l’impression que c’était seulement au début du printemps, mais non ; c’était déjà l’année dernière. Une éternité. Et j’aurais mis la moitié de cette éternité ou presque à l’apprivoiser.

Je n’ai de conseils à donner à personne ; je peux juste raconter. Décrire les galères, les doutes, les envies de tout foutre en l’air, d’abandonner. Les petits moments d’espoir, les joies immenses nées de petits rien. Et les erreurs, les tas d’erreurs amoncelées au bord de la route. Peut-être que cela servira à quelqu’un ? Après tout – on apprend de tout, de tous, pas à pas.

Le cheval idéal, sur le papier

Avant d’acheter Simbad, j’ai fait quelques essais. Je cherchais un cheval plutôt grand, endurant, indépendant, capable de vivre au pré toute l’année, dans les 12 ans. Noir ou bai, si possible. Pas sur l’œil, sûr en extérieur. J’envoie des mails. Je fais quelques essais. Rien ne me plait vraiment.

Je tombe sur une annonce qui date un peu, mais j’envoie quand même un email pour ce poney qui ne correspond pas vraiment à mes critères. Un peu plus jeune, 8 ans, un fjord isabelle, rond comme une barrique. Je vais le voir. Il est obèse, fouille les poches et mord à l’occasion, pour voir si aucun sucre ne se cache dans nos poches. Il est taille poney : 1m40 au garrot à tout casser. Il est envahissant, aussi. Et ne sort pas seul. Mais il y a quelque chose qui me plait dans son regard. Je le trouve franc. Et j’aime le contact que j’ai avec sa propriétaire, qui souhaite le meilleur pour lui.

Un minuscule essai à la maison, une visite véto ok pour de la balade et du loisirs ; il débarque à la maison le 23 mai 2014.

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Il flotte à torrent. On a clôturé le champ à la va-vite, et diminué la surface de moitié. Le temps a été si exécrable que je n’ai pas pu faucher l’herbe, et vu la hauteur, je crains la fourbure. Il fonce dans le champ, boulotte. Ne réalise pas trop pourquoi il est là, sans abri sous la pluie, mais semble plutôt accommodant. Le contrat est signé, c’est parti.

Un poney à la maison

Comme la plupart des cavaliers de club, je n’ai aucune expérience dans les chevaux. Aucune idée des soins à apporter, de l’éducation à donner. Les premiers jours je tâtonne, et je me laisse impressionner. Le sortir du pré devient une épreuve. Il a beau être petit, ce poney, il a une sacrée force, et m’embarque dans de remarquables sessions de ski sur herbe. Je le perds dans la vallée, même, où il s’en va au petit trot, et s’arrête heureusement chez les voisins.

 

Une photo publiée par @lucifugae le

  Il ne me fait pas peur, il a un bon fond ; mais je n’arrive pas à contrôler. Je ne connais pas les gestes, je ne connais pas les limites. Je ne sais pas trop à qui poser mes questions. Je passe mon temps à lire des ouvrages spécialisés, des blogs, des témoignages. Je fais des essais, pour me faire apprécier de lui. Je commets l’erreur classique, celle de vouloir à toute force me faire aimer, alors que ce cheval débarqué dans un nouvel environnement, sans autres chevaux sur qui se reposer, ne me doit absolument rien.

Simbad est gros, lent, a mal aux pieds. Mais on sort quand même, accompagnés par un bipède les premiers temps, et puis on se risque à l’extérieur tous les deux. Pas grand chose, une demi-heure par-ci et par-là, pour s’apprivoiser. C’est chaotique, et il y a des semaines où je ne réussis pas à surmonter mon angoisse. Des semaines où je me dis « demain, on y va… » – et j’abandonne. Le souci ne vient pas de lui. Lui, il est trop mignon. Tête de con, mais mignon. simbadou1 On a mis la biquette avec le poney ; ils s’entendent plutôt bien, dorment ensemble. Il la poursuivant le champ, elle le vire du foin. Au moins peuvent-ils se reposer ensemble, veiller l’un sur l’autre. simbadou6  Je sens une crispation chez ce poney, mais je n’arrive pas à comprendre ce qui ne va pas. Il est insupportable à l’attache, me bouscule, et je ne sais toujours pas donner de limites. Mes accès d’autorité n’ont aucune prise sur lui – c’est un poney. Avec le caractère en or qui va avec. L’été passe. On se promène, sans faire grand chose, on apprivoise l’extérieur. Je commence à comprendre que je ne suis pas son référent, que je n’ai pas su me placer en cavalier responsable. A l’extérieur, il s’appuie sur moi, mais c’est plus par défaut que par choix. Il a mordu Thibaut. Deux fois. Lui a écrasé le pied. Du coup Thibaut est monté dessus. Deux minutes, à cru. Puis 10 minutes. Puis en selle, une heure. En juillet, il fait sa première balade, encadré. Pas, trot. Galop. Il se tient bien. Je suis verte de jalousie.

Le nez dans le sable

Les cours reprennent fin septembre. J’ai la chance de pouvoir y assister avec Simbad, une fois par semaine. C’est le début d’une période compliquée, où Simbad décide de remettre en permanence mon autorité en question. Ou mon manque d’autorité, plutôt. Je finis dans le sable une fois sur deux. Je connais son truc par cœur, il me prévient presque avant de le faire, mais quand il s’encapuchonne, il a de la force, l’animal. J’ai envie de jeter l’éponge. De prendre des cours avec d’autres chevaux, pour voir. Pour comprendre. Mais je suis têtue. A deux têtes de pioche, on se bagarre, mais il y a peut-être moyen de se comprendre. Le déclic, c’est de le laisser à une autre cavalière, pour une balade. Je le vois partir avec quelqu’un d’autre sur son dos. Et c’est la première fois que ça me semble un peu douloureux. Pas insurmontable, ce n’est pas vraiment de la possessivité, c’est simplement une question en suspens : et si quelqu’un d’autre lui convenait mieux ? Lorsqu’ils reviennent, la cavalière me partage son impression en deux phrases : « il a un peu testé au début, mais quand il a vu à qui il avait affaire, il a été très bien pour le reste de la balade ». Parfois, on a juste besoin d’une autre perspective pour réaliser vraiment ce que l’on savait déjà. simbadou7 Je commence à me fâcher, à le remettre en place, à cesser de penser qu’il est une petite chose fragile. Je commence à comprendre qu’un cheval a besoin d’un leader, d’une figure d’autorité pour le rassurer, alors je pose les bases dès le début de chaque balade. Il ne m’embarque plus, ne me met plus par terre, et je commence doucement à respirer.

L’hiver à pas comptés

Ce n’est toujours pas le grand amour, mais c’est mon cheval. Je ne le laisse plus à personne, et j’ai envie de me donner les moyens de le comprendre. L’hiver passe entre cours et balades, sans trop de heurts. La seule chose qui me chagrine, c’est son humeur. Je sens qu’il est las. Il a maigri, il est plus beau, en meilleure forme, et a retrouvé un peu de souffle, mais il se traîne. Je ne vois rien dans ses yeux, rien d’autre que de la résignation. Il reste amorphe dans son abri, entre le foin et la biquette. Ces deux-là sont comme un vieux couple, ils n’ont plus grand chose à se dire. Elle fugue, du reste – et quand elle part, il hennit à n’en plus finir. Il ne se porte pas, et avance tête basse. Il lui faut de la compagnie.

Des changements salutaires

Même si je savais qu’un cheval ne vivait pas seul, j’ai mis des mois à réaliser l’urgence. Je n’ai pas su voir tous les signes de mal-être qu’il m’envoyait. Je pensais avoir un peu de temps pour lui trouver un compagnon, un vieux cheval à la retraite ou un poney non montable, qu’importe. Je comprends maintenant qu’il ne peut pas se reposer la nuit, et que cela joue sur son humeur ; il n’a pas de compagnon pour s’y référer, pour se gratter, chasser les mouches, jouer ensemble, veiller l’un sur l’autre. La chèvre est une compagnie salutaire dans son cas, mais c’est loin d’être suffisant. Pendant ce temps-là, Thibaut est toujours à cheval, et ne se débrouille pas trop mal. Je regarde les petites annonces. Je tombe sur un cheval noir. On va le voir. Il est magnifique. Beaucoup trop sensible, beaucoup trop beau. Beaucoup trop de sang pour un débutant. sinji1 Il arrive une semaine plus tard à la maison. Il est tard, ce jour-là, et la nuit tombe vite encore début mars. Alors on le met dans le champ en haut, seul ; Simbad peut le voir un peu, depuis le pré en bas. Sinji stresse toute la nuit, mais au moins peuvent-ils communiquer. Ils ne vont pas s’en priver, et nous, on ne dormira pas beaucoup. Le lendemain on sépare le pré du bas, chacun un côté de l’abri. Les négociations vont bon train. Je sens Simbad complètement fou, obnubilé par ce cheval qui arrive sans prévenir. Est-ce qu’il est pour moi ? Est-ce qu’il va rester ? Est-ce que je peux aller le sentir, le toucher ? simbadou8 Je pensais attendre quelques jours, le temps de les habituer. Mais ils semblent plutôt gérables, alors on ouvre la séparation entre les deux prés. Ils soufflent, ils couinent ; quelques oreilles en arrière, et puis rien. Dix mois d’attente pour avoir un copain, 2 minutes pour l’accepter. J’ai l’impression que c’est Simbad qui mène la danse ; à l’heure de la distribution du foin, on comprend vite que c’est Sinji qui s’impose… simbadou3 Mars, avril ; fin d’hiver exécrable. Le champ est en ruine, Sinji galope dans la boue en faisant décoller ce qu’il reste du sol. Il faut refaire la pâture, alors ils vont aller en pension. Juste à côté. Tant qu’à faire, ils découvrent un nouvel ami, de blanc vêtu celui-ci, un nouvel environnement ; Sinji rejoint nos cours, avec son cavalier tout frais. Ces deux-là s’entendent comme larrons en foire. Ce cheval vif, angoissé pour un rien, qui ne supporte aucun contact sur ses flancs, donne sa confiance à une seule personne. On commence à se balader à quatre, Sinji devant imposant son rythme, Simbad trainant la patte derrière. simbadou15 Tête & oreilles basses, comme toujours.  Je continue à lire, et je commence à traîner sur des forums de cavaliers. Et je décide de faire passer l’ostéo pour Simbad en fin de printemps. Bilan : un cheval raide à main gauche, coincé de l’arrière. Rien de catastrophique, mais cela le gêne et ne l’incite pas à se porter correctement. Le maréchal biseaute ses fers. J’ai soudain un poney nettement plus vif et réactif. Mais c’est la fin des cours.

Un été au top

Juin, cela fait un an que Simbad est avec moi. Je commence à sérieusement m’y mettre. Puisqu’on est tous les deux, livrés à nous-mêmes, je dois me concentrer sur lui. Je réfléchis à ce qu’il aime, et m’en sert pour le booster davantage. Je décide de travailler seule en carrière avec lui, aussi, même si je ne sais pas par quoi commencer. Je découvre un poney pas toujours volontaire, mais concentré sur moi, que je peux travailler une bonne demi-heure sans qu’il regarde trop les mouches voler. Je ne sais pas trop comment m’y prendre, mais je sais qu’il faut qu’on bosse sur la communication. « C’est un poney, il a une bouche dure ! » Nenni. Je vire même mon mors simple brisure pour un double brisure pour chevaux sensibles ou en cours de débourrage. Ça lui plait tellement, d’avoir quelque chose de plus léger, qu’il est bien plus réactif. On travaille sur des cercles, pour l’assouplir, et des figures toutes simples. Bouger les hanches, se porter correctement. On ne travaille sur le trot, cela ne sert à rien de le braquer, de faire les choses trop vite. En trois séances seule en carrière, j’ai un cheval plus réactif, plus souple. Ce que je mettais 20 min à mettre en place la première séance, il me le fait en 5 la troisième fois. Il me fait même le plaisir, pour la première fois, de me porter vraiment sur un cercle, sans trainer les pieds. Je n’ai plus un cheval qui met tout le temps le nez par terre. J’essaye de l’intéresser le plus possible. Alors je commence en tâtonnant à travailler à pied, en semi-liberté dans le manège. Il me suit plutôt bien, bouge les hanches sans problème. L’arrêt est plus problématique si l’attrait du bonbon dans ma poche est plus fort, mais ce n’est pas catastrophique. De toute façon, il ne fouille plus les poches ; il n’envahit plus mon espace non plus. Il recule plutôt bien, aussi. A pied.  

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Je lui saute sur le dos à cru, il ne bouge pas. Je me laisse tomber, au pas ou au trot, il s’arrête. Je me filme, et je découvrir ses expressions que je ne vois pas quand je suis sur son dos, ce qui me permet de réaliser qu’il est bien plus curieux et attentif que je ne le pensais. C’est un second déclic, pour moi.

On fait ce qu’on aime : aller gambader dans les bois. Prendre des sentiers casse-gueule, trottiner dans des chemins creux, en descente, sautiller des troncs d’arbre. Rien de fou, mais on s’amuse. On fait quelques bêtises, aussi.

 

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  Et on profite d’un été génial, où j’arrive enfin à caser 3 à 4 séances par semaine, moitié balades, moitié séances en carrière.

Une rentrée chaotique

Mi-août, le temps se gâte, et notre travail ensemble aussi. Je ne saurais pas dire pourquoi, mais Simbad est tellement en forme qu’il commence à jouer à se faire peur. Il a de l’énergie à revendre, et j’ai du mal à le faire vraiment transpirer avec le travail actuel. Les balades qui me prenait 1h15 l’année dernière ne durent que 45 min, à peine. Il traine toujours les pieds, ce qui me donne des envies de meurtre. Les seuls moments où il me porte vraiment, c’est dans les bois. La forêt, c’est vraiment son truc… Je l’emmène à la plage, pour le décrasser. simbadou11 Il me fait nettement plus confiance qu’avant, mais lorsqu’il peut longer le bord ou suivre des promeneurs… Je me casse les poignets à l’obliger à longer les vagues.    

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Il ne démarre toujours pas au galop, et reste complètement froid à la jambe. Autant pour la finesse des aides…

Je commence à réaliser que je ne sais pas encore gérer sa peur correctement. Le voir paniquer pour une chèvre planquée dans une haie m’énerve, je ne supporte pas de le voir monter dans les tours pour une bêtise, pour un champ de vaches, pour des lamas dans les fourrés. Je n’ai pas encore la bonne recette : lui laisser du temps pour apprivoiser sa peur n’a pas l’air du tout de fonctionner, bien au contraire.

Septembre, c’est le retour à la maison pour un mois. Plus de carrière pour l’instant, pas de travail à pied donc. On leur laisse un peu de repos. Mais trois jours sans sortir, c’est récupérer un poney à fond, plein d’énergie, et prêt à se monter le bourrichon tout seul à chaque balade.

Faut dire aussi que des gens qui jardinent avec un casque à antennes sur les oreilles, c’est assez inquiétant – je partage le point de vue de mon poney à cet égard.

J’ai besoin de voir un peu Simbad autrement, alors je l’emmène aux courses hippiques – pas sur la piste, non, mais pour les baptêmes à poney organisés par la ferme équestre. Les gamins se battent pour monter sur « le plus grand des poneys », celui qui est reconnaissable avec sa raie de mulet et sa crinière en brosse. Ils veulent le caresser, le toucher. Il me regarde en soupirant, j’ai l’impression qu’il va m’en vouloir pendant des semaines.

Quatre, cinq heures passent, au soleil sur la plage, à promener des gamins plus ou moins turbulents. Il traine des pieds au début ; à la fin, motivé par les grands chevaux fous qui paradent à côté, il est presque devant tous les autres. Il est fatigué, certes, mais pas usé. Content de rentrer, au galop sur la plage, mais sans ressentiment. Et il n’a mordillé personne. A part moi.

 

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De nouveaux objectifs

Nous voilà déjà mi-septembre. J’ai plein d’idées en tête, plein de nouveaux objectifs. Dont les deux plus importants : le re-sensibiliser aux jambes, et améliorer son endurance.

J’ai un objectif, minuscule certes, mais qui serait déjà une victoire si l’on pouvait y participer : une simple course d’endurance de 20 km, en juin prochain. Largement dans ses moyens, s’il lève enfin les pieds.

Pour le re-sensibiliser aux jambes, il va probablement me falloir un peu d’aide. En attendant, je change ma selle – la prochaine devrait arriver pour un essai la semaine prochaine. C’est un modèle plus compact, a priori mieux adapté à ses mesures, et qui me permettra également d’être moins éloigné de lui. Celle que j’ai actuellement m’isole beaucoup, alors côté actions de jambe, c’est une catastrophe.

J’ai découvert le pouvoir du stick de dressage. Moyenne de trot améliorée de 3 km/h sur une seule balade. Sans le toucher, juste en l’ayant tranquillement posée sur la cuisse.

La plage est à nous pour tout l’hiver.

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Simbad a 9 ans, et moi j’en aurais bientôt 30. Je ne me découvre pas l’âme d’une compétitrice, mais ce dont je suis certaine, c’est que j’aimerais aller bien plus loin dans ce que j’apprend et dans ce que je fais avec lui. Travailler l’endurance et faire plus de plat. Peut-être tenter un peu de dressage ? Je suis certaine qu’il en est capable.

Je le regarde avec sa tête en travers et ses oreilles bien droites, et je me dis que d’accord, c’est un petit poney, il est lent, il faut l’occuper constamment, il ne me pardonne rien et apprend bien plus vite que moi, mais voilà, c’est le mien. C’est mon compagnon de bêtises, même quand je rentre d’une balade en pestant parce qu’il est vraiment trop bête d’avoir peur d’une biquette.

Il en faut du temps, pour s’apprivoiser. C’est douloureux de se remettre en question à chaque visite au pré, à chaque balade ; avoir un cheval ce n’est pas que pratiquer l’équitation, « poser ses fesses sur une selle ». C’est remettre en perspective des tas de choses, abandonner ses certitudes, ramasser ses dents et son ego quand on va au tas, assumer ses erreurs et les conséquences de celles-ci.

C’est une sacrée bouée de sauvetage, aussi.

Septembre, septembre

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Septembre, déjà ? Les arbres sont toujours aussi verts, l’eau est claire et le bleu répond toujours à l’appel. Septembre, pourtant. Ce mois si beau et plein de promesses, que j’attends toujours avec impatience. Une pause bienvenue entre l’été trop riche, et l’automne où l’on se replie sur soi. Septembre est toujours  riche de projets, même ceux que l’on traine depuis des mois. Les matins vifs, où mes mains froides se réfugient dans les poches, font courir des frissons le long de mon échine et emportent avec eux ma mauvaise humeur.

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C’est le mois des compotes de pommes ; le sureau est mort, et je surveille les châtaignes. Quelques champignons font leur apparition dans des coins d’ombre. Le vert domine, mais quelques fleurs subsistent encore.

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Je n’ai rien acheté pour ma rentrée, pas de nouveaux crayons ou de cahiers décorés. Pas même d’agenda, ou de calendrier. J’ai acheté une nouvelle selle, ça compte ?

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Je ne sais pas trop où tout ça va nous mener. J’écoute le bois craquer au soleil, en pensant aux réserves à faire avant l’hiver. Je ne suis pas certaine d’être mieux préparée que l’année dernière. J’ai du mal à me projeter, à faire des plans sur la comète. La seule chose dont je suis sûre, c’est que rien ne se passera comme prévu. Cette année est pleine d’échéances.

J’essaye de tirer la substance de chaque journée, chaque heure passée, à regarder dehors, à arpenter les allées d’un jardin qui a presque l’air présentable, ces jours-ci. Cette année.

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Je mets la moitié des chances de mon côté. Le reste servira pour plus tard, quand les jours raccourciront et que j’aurais froid ; je les brûlerais une à une, comme les dernières précieuses réserves de charbon.

Je ne sais pas d’où vient vraiment cette impression. Comme si l’année glissait, lentement, sur une surface lisse – comme si elle prenait soudainement de la vitesse. Comme lorsque le petit galop se raidit, devient plus fort, moins balancé, quand il m’embarque vers un horizon ouvert – et que je suis heureuse et paniquée à la fois. Ivre.

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Septembre, le 9, déjà. Une jolie journée de soleil à entasser dans ma collection de souvenirs. Puis viendra octobre, et ses feuilles mortes, ses journées de flotte, son ciel immense qui s’éloigne pas à pas, les nuages lourds, les premiers coups de vent, les vagues qui grondent derrière les rochers.

Cet automne sera celui de mes 30 ans. Peut-être qu’il est là, le glissement ? Rien qui m’inquiète, pourtant. Ce sera plutôt bienvenu, de rentrer dans une nouvelle décennie. Je les attends de pied ferme, ces années gagnées sur le néant.

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J’inspire à fond cet air vif, bleu et vert, aux odeurs de feuilles, d’iode et de nostalgie.