Qu’as-tu fait durant tout ce temps ?

C’était comme un mauvais rêve. Une vision brève qui aboutit sur un éclair, une pensée violente et brute qui annihile toutes les autres. Il a suffit de croiser cette voiture, identique, pour que je me demande si tout ça n’avait pas été un cauchemar, un test. Une épreuve.

Si tu revenais et que tu me posais cette question, qu’as-tu fais ? Je ne saurais pas répondre. Je bafouillerais sûrement des excuses, parce qu’en presque 3 ans, qu’ai-je fait ? Rien ou si peu. Je n’ai pas su m’occuper de l’essentiel, et je bois ma honte jusqu’à la lie, tous les jours davantage. Je ne peux même pas me défendre en prétendant avoir maintenu en l’état ; j’ai regardé passer les saisons, hébétée, sans forces. Sans beaucoup de courage ou un sursaut d’orgueil.

Si tu revenais, la seule chose que je pourrais te montrer pour me faire pardonner, c’est le jardin. Non pas qu’il soit vraiment ordonné, ou propre, ou différent ; mais toi seul aurait su comme il est compliqué de s’en occuper, de cette jungle miniature. Des arbres qui tombent au petit bonheur la chance, des ronces folles, de l’invasion des fougères. Je pourrais te montrer les rhododendrons sauvés, le rosier que j’ai retrouvé près de la rivière ; la glycine, que j’ai récupéré sous le toit, et qui habille la cour désormais. Je pourrais te montrer la seule agapanthe qui a fleurit, en parlant des couleurs de Rome peut-être ; et j’irais à petits pas comptés, l’air de ne pas y toucher, te montrer les framboisiers que j’ai replanté à l’endroit exact où tu les avais massacré. Je te montrerais les rosiers, que j’ai appris à aimer, les structures de bois et le nouveau portail. Je t’amènerais aussi sur la terrasse, enfin terminée.

Que pourrais-je bien montrer d’autre ?

Je n’ai pas attaqué le cœur. Je l’ai laissé semblable, se recroqueviller sur ce qu’il en reste. Je l’ai laissé s’écorner et se se rétrécir, comme celui que tu as laissé faillir.

J’ai bien essayé, souvent ; j’y pense tant que cela me laisse vidée de force et de courage. Je tourne en rond, en osant pas y toucher. Parce qu’il y a tout ce que je ne peux pas faire ; et il y a aussi, tout ce que cela suppose.

Il faudra le déposer, ce cœur, ailleurs ; dans un petit espace pour le protéger, en attendant de le reconnecter à un corps différent, à quelque chose d’autre, qui n’aura plus la même saveur. Recréer des souvenirs ; se laisser porter par l’instant, et faire du passé un joli moment.

Mais pour l’heure ?

Si tu revenais, j’aurais tellement honte.

2 thoughts on “Qu’as-tu fait durant tout ce temps ?”

  1. Cabochons
     ·  Répondre

    Il ne faut pas culpabiliser !!!!!

    Si il revenait … il serait tellement content de te voir !

    Ou est l’important … vis ta vie pour toi, profite de ta tête de pioche et de tes bruns ténébreux … Tu n’as pas de compte à rendre , et ne te les impose pas .

    Je te sens …. un peu, beaucoup :(

    Je réagit avec des plombes de retard … mais je ne vois pas systématiquement quand tu écris.

    J’espère que tu gardes un écrit ( papier) de tout es récits car … tu pourrais publier .

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