L’écurie de courses

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J’ai toujours regardé les cavaliers de CSO avec leurs jolies vestes d’un peu haut – si je puis dire. Parce que montés sur leurs grandes gigues et bondissant comme des cabris, ils me donnent un peu le vertige. Et les cavaliers de dressage, avec leurs jolis pantalons blancs rentrés dans des bottes lustrées ? Allons. C’est joli sur le papier, ou sous les miroirs immenses de la Grande Ecurie.

Les sorties à cheval, pour moi, c’est plutôt ramener des bleus et des bosses, et des tâches de boue sur nos fonds de culotte. Collectionner les balafres de ronces et d’ajoncs, se payer des coups de soleil sur la plage, trainasser à l’ombre des sous-bois. Se poser au-dessus des falaises et regarder l’horizon, parce que bon, il faudrait bien rentrer, mais on peut encore attendre un peu. Ne pas oublier ses bottes en PVC, parce que le cuir, ça supporte assez mal les traversées de rivière à pied.

Nos chevaux sentent la poussière et la chlorophylle, ils sont bai et isabelle à pois vert, peignés à la dynamite. Ils ne savent pas ce que sont des guêtres, et avancent à un train de sénateur. Ils n’ont peur de rien, non plus, sauf des biquettes.

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Sauf que.

Sauf qu’ils sont en forme. De plus en plus.

Sauf qu’ils nous jugent un peu, quand on vient sans licol ; et que lorsqu’on arrive avec, ils mettent le nez dedans, et nous trainent gentiment.

Sauf qu’ils ne se contentent pas des balades de trentenaires, et qu’ils nous font payer quand on ne les a pas fait suer, quand on a pas sauté, galopé, quand on ne s’est pas payé une branche.

Avec leurs têtes de travers au retour dans le champ, l’air de dire « Franchement, tout ce cinéma, pour ça ?« . Quelle blague. Se faire juger par sa monture, misère, que les temps ont bien changé, il est où le respect ?

Avec nos animaux féroces, jamais nous n’irons faire de concours le dimanche. Le dimanche, c’est fait pour se balader à pied, pour courir sous le cerisier comme des fous, pour bouquiner avec nous au soleil. Nous ne ferons pas non plus de dressage en pantalon blanc – on se contentera d’être heureux quand ils s’arrêtent à la demande, et ne se roulent pas comme des galopins dans la carrière quand on a le dos tourné. (Hein.)

Le reste de la semaine, par contre, ce sera troncs d’arbre en vrac, demi-tours acrobatiques dans les vaguelettes, voltige au-dessus d’un nid de poule, sauts de haies fantômes. Ce n’est pas qu’on a vraiment envie de devenir cavaliers de cross, franchement, mais bon, tant qu’on tient dessus… De toute façon, c’est cuit ; on leur a promis.

Du coup, j’ai installé Endomondo.

Puis j’ai acheté une Pebble.

Et un protège-dents.

2 thoughts on “L’écurie de courses”

  1. Irene Zlato
     ·  Répondre

    C’est tellement ça!
    Tellement en forme que si le vélo devant n’avance pas assez vite… ce n’est pas grave, on pousse avec le museau…
    Ah si, autre chose: on n’a pas peur des biquettes… mais des poussettes :)

    • Lucifugae
       ·  Répondre

      Ah pousser le vélo je ne connaissais pas !
      Par contre je partage entièrement cette terreur des poussettes…

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